Votre bébé mangeait de tout, et depuis quelque temps, chaque repas se transforme bataille ? À 18 mois ou 2 ans, de nombreux enfants commencent à refuser de nombreux aliments, à recracher ce qu’ils ont dans la bouche ou même à repousser l’assiette en bloc. Ce comportement peut être très déstabilisant pour les parents, qui s’inquiètent de voir leur enfant “ne rien avaler”.
Rassurez-vous : dans la grande majorité des cas, il s’agit d’une étape normale du développement. Mais parfois, ces refus alimentaires s’installent ou deviennent trop marqués, et il est alors utile de chercher à comprendre ce qui se joue.

Différents éléments peuvent expliquer ces comportements :
La période de néophobie alimentaire : entre 18 mois et 2 ans, l’enfant traverse une phase où il devient méfiant vis-à-vis des nouveaux aliments (même s'il les mangeait avant). Ce rejet instinctif est en réalité un mécanisme de protection qui a existé de tout temps : il évite à l’enfant de se jeter sur n’importe quel aliment inconnu. Il porte le plus souvent sur des aliments qui peuvent varier de forme, textures, gouts : typiquement, les légumes et fruits sont les principaux aliments concernés !
La quête d’autonomie : dire “non” est l’un des premiers moyens d’affirmer sa personnalité. À table, refuser un aliment devient une manière de montrer qu’il a son mot à dire.
La construction des préférences : certains goûts, textures ou couleurs passent, d’autres non. Comme pour l’adulte, les préférences alimentaires commencent à se dessiner.
Le besoin de contrôle : à table, l’enfant peut choisir d’accepter ou non. C’est un domaine où il a un véritable pouvoir, ce qui peut générer des tensions si l’adulte veut “gagner la bataille du repas”.
Dans la majorité des cas, ces refus sont donc passagers et font partie du développement normal. Mais ils peuvent aussi révéler une gêne sous-jacente (trouble de l’oralité, hypersensibilité sensorielle) et méritent d’être explorés. De même si la situation est durable et que le stress autour des repas s'installe de plus en plus.
Vous pouvez être rassuré si votre enfant :
continue à manger quelques aliments de chaque catégorie (même si la liste est courte),
refuse un jour, mais accepte parfois le même aliment un autre jour,
garde de l’appétit et de l’énergie,
prend bien ses biberons (ou tétées),
suit normalement sa courbe de croissance.
En revanche, il est important de consulter si vous observez :
un refus franc et durable (pendant plusieurs semaines sans amélioration),
une alimentation extrêmement limitée (moins de 5 ou 6 aliments tolérés) ou des quantités minimes (quelques cuillères seulement à chaque repas),
un refus complet de manger : aliments solides et lait,
des difficultés avec les morceaux, les textures ou la déglutition,
une stagnation pondérale ou une cassure sur la courbe de poids.

Voici quelques pistes à mettre en place dès maintenant pour apaiser les repas :
Un repas ne devrait jamais devenir un champ de bataille. Évitez les menaces et enjeux émotionnels du type “tu n'iras pas au parc tant que tu n’as pas fini” ou “tu n'auras pas de dessert si tu ne manges pas l'assiette”. La pression augmente l’angoisse et le refus.
De même, évitez au maximum les distractions, jouets, écrans, qui peuvent sembler améliorer ponctuellement les repas, mais entretiennent les difficultés.
Un enfant peut avoir besoin de 10 à 15 expositions à un aliment avant de l’accepter. Laissez l’assiette à disposition, laissez votre enfant revenir plusieurs fois sur son assiette, manger le dessert avant le plat... peu importe, mais sans forcer. Même si l’enfant ne fait que toucher ou sentir l’aliment, c’est déjà une étape.
Proposez plusieurs aliments dans l'assiette, mais ne proposez pas 4 repas différents si votre enfant refuse le premier repas. Cela entretient les refus et la demande d'autres repas, et laisse trop de contrôle à votre enfant. Tout comme compenser par des biscuits, des biberons supplémentaires : l'enfant trouve un bénéfice de ses refus, et y du plaisir, cela renforce le comportement de refus, et conforte l'enfant dans son comportement...
Laisser votre enfant à table lorsqu'il ne veut plus manger n'a pas d'intérêt. Cela est contraignant pour tout le monde, et fait du repas un moment désagréable, pour très peu d'intérêt final. Une durée de 20/30 minutes est en règle générale largement suffisante pour le repas d'un enfant. Préférez laisser votre enfant revenir plusieurs fois à son assiette (dans un temps défini), que de le garder à table.
Les enfants agissent par imitation. Partagez le repas avec lui, mangez les mêmes aliments, exprimez votre plaisir (mais sans simuler en rajouter !), peuvent donner envie à votre enfant. Si vous mangez la même chose que lui et que vous appréciez la nourriture, il sera plus enclin à y goûter.
Parfois, ce n’est pas l’aliment en lui-même qui est rejeté, mais sa forme. Essayez une autre préparation (carotte râpée, galettes de carottes, carotte en purée avec quelques points de crème fraîche, frites de carottes ), proposez les aliments séparés plutôt que mélangés (cacher les légumes ne sert à rien, à part que l'enfant fasse moins confiance s'il s'en aperçoit...). Amenez aussi du ludique autour de la nourriture : formes dans l'assiette, assiette rigolote, pique-nique dans le salon... La variété et le côté ludique peuvent aider.
Maintenez des horaires stables pour les repas et évitez les grignotages en dehors. Un enfant qui a picoré toute la journée n’aura pas faim à table, et n'aura pas d'intérêt à accepter le repas s'il peut avoir des gâteaux ensuite... La régularité donne un rythme et un cadre rassurant.
Laissez votre enfant toucher, sentir, porter à la bouche sans obligation d’avaler. Manipuler les aliments est une manière de se familiariser avec eux. Un petit bac sensoriel avec des pâtes crues, du riz, des morceaux de légumes cuits peut aussi stimuler la curiosité.
À cet âge, beaucoup d’enfants veulent faire seuls. Proposez des morceaux qu’il peut attraper avec les doigts, ou laissez-le manipuler sa cuillère. Même s’il ne mange que trois cuillères, ou qu'il en met partout, le fait de choisir, de faire seul et de participer lui redonne du pouvoir sur son alimentation.

Si malgré vos efforts, les repas restent un moment de cris et de tensions, ou que les refus deviennent trop impactants, n’hésitez pas à consulter.
Les professionnels qui peuvent vous aider :
le pédiatre ou médecin en première intention pour vérifier l'absence d'éléments médicaux et la croissance,
un orthophoniste spécialisé en troubles de l’oralité si votre enfant semble avoir des blocages durables,
un.e psychologue s'il y a un sujet lié aux émotions, à l'ambiance familiale...
un autre professionnel de santé spécialisé en nutrition : diététicien.e, infirmier.e ou puéricultrice formé en diététique...
De mon côté, titulaire un Diplôme universitaire de nutrition infantile, et formée en troubles de l'oralité, je vous aide à décoder l’origine des difficultés de votre enfant, à mettre en place des stratégies adaptées à son âge et à retrouver un climat apaisé lors des repas.
Le refus alimentaire entre 18 mois et 2 ans est un phénomène courant, souvent transitoire et lié au développement de l’enfant. Mais il peut aussi être accentué par une gêne physiologique ou un trouble de l’oralité.
L'objectif est de trouver un équilibre : proposer sans forcer, de maintenir un cadre rassurant, et d'encourager la curiosité de l’enfant face aux aliments.
Si la situation persiste, sachez qu’un accompagnement peut véritablement améliorer l’expérience des repas.
Retrouvez les consultations dédiées ici si vous ressentez le besoin d'être guidé.
Avec patience et bienveillance, votre enfant peut retrouver le plaisir de manger et vous, des repas plus sereins.
Article rédigé par Pauline Lotte, puéricultrice, consultante parentalité et spécialiste sommeil et alimentation de l'enfant.
